Résultats du 17ième prix d’histoire François Bourdon “Tcehniques, entreprises et société industrielle”

Histoire EcoAssociation Française d’Histoire Économique (AFHE).

Résultats de la 17e édition du prix d’histoire François Bourdon

“Techniques, entreprises et société industrielle”

Pour sa 17e édition le prix d’histoire de l’Académie François Bourdon-Le Creusot et de la Fondation Arts et Métiers : « François Bourdon, Techniques, entreprises et société industrielle », doté d’une somme de 1 500 €., a été attribué à

Arnaud PETERS, pour sa thèse soutenue à l’Université de Liège Course à l’innovation et mécanique des brevets. L’évolution technologique dans l’industrie belge du zinc (1806-1873).

Le prix jeune chercheur doté d’une somme de 750 €, a été attribué à

Antoine BREEN, pour son mémoire de master 1 soutenu à l’Université de Bourgogne sur Les accidents du travail dans les usines du Creusot, de l’arrivée des Schneider à 1898

Cette année les membres du jury ont décidé d’attribuer un Prix spécial du jury à

Vincent BOULLY, pour sa thèse de doctorat en archive paléographie soutenue à Ecole Nationale des Chartes Entre liberté d’entreprendre et surveillance par l’Etat : les salines de Franche-Comté dans la seconde moitié de XIXe siècle (1840-1907).

Les membres du jury se félicitent de la diversité des écrits reçus pour cette 17e édition qui permet au prix d’histoire François Bourdon de s’ancrer plus fortement encore dans l’ensemble des domaines de l’histoire industrielle et des entreprises et plus généralement de la société industrielle.

Comme le veut le principe du prix, le seizième jury était composé d’industriels et d’universitaires. Participaient à ce jury mesdames Claudine Cartier, Conservateur général honoraire du patrimoine, Anne Dalmasso, professeure d’histoire à l’Université de Grenoble-Alpes , Anne-Françoise Garçon professeure d’histoire à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Dominique Varinois, IA-IPR, rectorat de Bordeaux; Gérard Chrysostome, ingénieur centralien ; Nicolas Coupain, Directeur du patrimoine chez Solvay, Jean-Claude Daumas, professeur à l’Université de Franche-Comté, Directeur de la MSHE CN Ledoux ; François Labadens, ancien secrétaire général d’USINOR ; Philippe Mioche, professeur d’histoire Aix-Marseille Université, chaire Jean Monnet de l’histoire de l’intégration européenne ; Philippe Raulin, ingénieur des Ponts et Chaussées, ancien secrétaire général de FRAMATOME ; Serge Wolikow, professeur d’histoire émérite à l’Université de Bourgogne;

Arnaud PETERS, Course à l’innovation et mécanique des brevets. L’évolution technologique dans l’industrie belge du zinc (1806-1873), thèse de doctorat en histoire, art et archéologie, Université de Liège, 1 020 p. : Dans le jeune État belge fragilisé par son statut international, l’innovation technique constitue une priorité étatique, mais aussi un des moteurs du développement entrepreneurial. L’essor industriel du 19e s. s’accompagne ainsi d’une course à l’innovation qui sous-tend de nombreux enjeux. Cette thèse les questionne en parcourant, dans un premier temps, le territoire codifié de la propriété industrielle. L’étude porte d’abord sur la construction d’un système belge des brevets. Comment est-il conçu par les premiers gouvernements belges ? Quelles sont ses caractéristiques ? Comment favorise-t-il la course à l’innovation ? Il convient d’appréhender d’abord les cadres juridiques, les références et les singularités qui définissent l’expérience belge en regard notamment du modèle français. Ensuite, la nature de l’adhésion des acteurs au système est analysée. Dans un second temps, l’interrogation privilégie une approche sectorielle. La relation liant les brevets à l’innovation est examinée à travers le cas de l’industrie du zinc et de l’entreprise qui la domine : la s.a. des Mines et Fonderies de zinc de la Vieille-Montagne, première multinationale d’Europe, disposant de sièges à Liège et d’un autre à Paris au moment de sa création en 1837. Que révèlent les brevets à propos des technologies en place et de leur évolution ? Par quels mécanismes contribuent-ils à l’innovation ? L’analyse porte sur un corpus de plus de 200 brevets étudiés à la lumière des archives d’entreprises. Elle éclaire sur les processus innovants et les conditions de leur déploiement. Cette histoire technique de la filière du zinc illustre les dynamiques qui s’attachent à l’innovation au temps de l’essor industriel. Elle met en lumière un ensemble de stratégies mises en œuvre par les industriels pour contourner les problèmes que pose la technologie en place : imperfection des méthodes de réduction, nuisances, mécanisation, diversification, etc. comme les tâtonnements, hésitations, échecs, ruptures inhérents aux processus innovants.

Vincent BOULLY, Entre liberté d’entreprendre et surveillance par l’Etat : les salines de Franche-Comté dans la seconde moitié de XIXe siècle (1840-1907), thèse de doctorat en archive paléographie, Ecole Nationale des Chartes, 817 p. : Pour beaucoup de personnes, les salines de Franche-Comté se limitent aux seuls sites patrimoniaux de Salins (Jura) et Arc-et-Senans (Doubs). Mais tel n’est pas le cas dans une perspective d’histoire économique, et plus précisément d’histoire des entreprises.

À partir de ce constat d’un hiatus entre la mise en valeur patrimoniale actuelle et la diversité des sites industriels productifs de sel en Franche-Comté, Vincent Boully a fait un recensement des entreprises salicoles de Franche-Comté pour la seconde moitié du XIXe siècle, c’est-à-dire entre la libéralisation de la production de sel dans l’Est de la France, introduite par la loi du 17 juin 1840, et l’année 1907 durant laquelle les entreprises salicoles connaissent une crise structurelle majeure de surproduction.

La première partie de la thèse consiste en une étude générale des salines de Franche-Comté : elle porte sur la législation à l’échelle nationale et sur la démographie des entreprises salicoles à l’échelle régionale. La seconde partie est, quant à elle, une focalisation sur une entreprise particulière, la Société des Anciennes Salines Domaniales de l’Est, de 1862 à 1906, exploitant les salines de Montmorot, Salins, Arc-et-Senans, Grozon, ainsi que Gouhenans, sans oublier Dieuze, Vic et Moyenvic en Lorraine.

La surveillance de l’État envers les entreprises salicoles franc-comtoises a ainsi été étudiée à différentes échelles. Outre le rôle de législateur à l’échelle nationale, l’État utilise son autorité administrative pour réguler le marché salicole à l’échelle régionale. Lorsqu’il accède par exemple à toutes les demandes en concession de mine de sel, entre 1843 et 1898, l’État prend la décision économique de promouvoir un marché concurrentiel ; à l’inverse, le refus de deux demandes en concession de mines de sel en 1907 s’inscrit dans une nouvelle politique économique de l’État qui est de prévenir toute aggravation de la crise de surproduction de sel. À l’échelle de l’entreprise, les interventions de l’État sont limitées. Une fois qu’elle est dûment autorisée par les pouvoirs publics en 1862, la Société anonyme des Anciennes Salines Domaniales de l’Est est libre de mener la stratégie de son choix.

Les deux principales conclusions de cette thèse sont premièrement la pluralité des salines en Franche-Comté qui cache cependant un concentration et cartellisation du secteur ; et deuxièmement la dimension nationale de la Société des Anciennes Salines Domaniales de l’Est, dont le siège social est situé à Paris, dont la plupart des dirigeants sont domiciliés dans la capitale et dont la majeure partie des actionnaires appartiennent à la bourgeoisie parisienne.

Antoine BREEN, Les accidents du travail dans les usines du Creusot, de l’arrivée des Schneider à 1898, mémoire de master 1 Histoire, Université de Bourgogne, 158 p. : Au XIXe siècle les accidents du travail n’avaient quasiment aucune valeur légale. Une victime d’accident devait apporter la preuve d’une faute imputable à son employeur afin d’espérer être entendue par la justice. Ce problème a été réglé lors de la dernière décennie de ce siècle grâce à plusieurs lois dont celle du 9 avril 1898 qui a créé un régime d’indemnisation forfaitaire pour les victimes d’accidents. L’étude des accidents dans les usines du Creusot permet de constater que les Schneider avaient pris cette question au sérieux et ce dès leur installation au Creusot en 1836. Bousculée par l’ampleur que prenaient les accidents dans « la plus grande usine de France » et par les nouvelles lois, la gestion paternaliste des accidents a évolué et s’est adaptée. Du côté des ouvriers, l’accident est un indicateur des conditions de travail et des dangers de l’usine du XIXe siècle, alors que la prise en compte de la sécurité n’était une priorité pour personne

Ivan Kharaba

Directeur

Académie François Bourdon

Cour du Manège-Château de la Verrerie

BP 60031

71201 Le Creusot Cedex

Tél. : 03 85 80 81 51

www.afbourdon.com