Appel à articles “Sociologies Pratiques” : entreprise et travail

Histoire Eco
Association Française d’Histoire Économique (AFHE).

Cher.e.s collègues,

Vous trouverez en pj l’appel à articles pour le numéro 33 de Sociologies Pratiques s’intitulant « Mises en scènes, en mots et en images de l’entreprise et du travail
Représentations et contre-représentations du monde du travail ». Les intentions d’article (4000 signes espaces compris) sont à adresser avant le 31 août 2015 par voie électronique à sp33 . Après examen, la revue retournera son avis aux auteurs le 21 septembre 2015 au plus tard. Les auteurs devront alors proposer une première version complète de leur article (27000 signes espaces compris, bibliographie non comprise) pour le 12 décembre 2015.

Bien cordialement,

François Sarfati, pour le comité de rédaction

Sociologies pratiques, n°33
Coordinatrice scientifique : Emmanuelle Savignac
Coordinateur éditorial : Frédéric Rey
Appel à articles et à contributions
Mises en scènes, en mots et en images de l’entreprise et du travail
Représentations et contre-représentations du monde du travail

Cet appel à articles s’adresse aux professionnels, intervenants, artistes qui mobilisent la
sociologie pour leurs travaux tout autant qu’aux chercheurs académiques et universitaires.

Les représentations font débat dans l’espace social soit par le caractère d’innovation de ce
qu’elles véhiculent (la psychanalyse, la génétique…), soit par leur caractère polémique
(l’armée, le nucléaire, le féminisme, la GPA…) soit encore par leur importance pour tout un
chacun dans sa vie quotidienne. C’est le cas du travail et des lieux qui l’organisent. Ces
représentations que l’on dit sociales, circulant d’interactions interpersonnelles en médias et en
institutions, donneraient à voir les termes dans lesquels s’énoncent ces débats sur ces
questions complexes. Ces termes étant pluriels, parfois même en opposition, ils esquissent des
territoires symboliques rassemblant autour d’aspects contrastés les parties-prenantes aux
débats. Ce que dessinent les représentations pourrait ainsi renvoyer à des populations
rassemblées autour de définitions communes, de valeurs positives comme négatives de l’objet
représenté.

Sur certains objets lourds d’enjeux individuels, sociaux, politiques et économiques comme le
sont le travail et l’entreprise, on ne saurait penser ces débats comme étant fortuits ou encore
spontanés. Plusieurs instances d’élocution et d’émission de représentations les portent et les
travaillent délibérément. Ceux qui les produisent s’inscrivent de fait dans des logiques de
travail et d’organisation du travail. A l’aide de canaux de diffusion de masse, médias comme
institutions, les organisations et leurs dispositifs de communications, les syndicats patronaux,
les syndicats de travailleurs, les personnalités politiques, les chercheurs, les artistes etc.
multiplient des discours. Ceux-ci, sur certains points peuvent concorder mais entrent, sur
d’autres, en concurrence. Tels en attestent la construction des discours scolaires et les récents
débats quant aux acteurs qui seraient les plus légitimes à les produire (enseignants en sciences
économiques et sociales ou syndicats patronaux ?). On évoquera enfin la production d’objets
médiatiques dans lesquels sont véhiculés des messages spécifiques par des dirigeants
d’entreprises et des travailleurs ou, en dernier exemple, la montée, en France, d’un cinéma
(Cantet, Moutout, Le Guay, Godet…) ou d’un théâtre (Bloch, Tostain, Pommerat…) critiques
de la question du travail et de ses effets sur les personnes. Cette concurrence dans la mise en
circulation de représentations se comprend en relation avec la présupposition des « effets »
des représentations sur les attitudes et les comportements. On sait pour autant depuis Paul
Lazarsfeld, Richard Hoggart, Stuart Hall etc. leurs effets limités. Paroles, discours et images
médiatiques ne sont pas pris pour argent comptant. Les récepteurs des discours mobilisent en
effet expériences et échanges qui passent au filtre sélectif, adaptatif ou critique les
productions de masse. Individus en interaction, école, mondes professionnels, médias… loin
d’être étanches, intègrent en les modifiant (Herskovits, 1967) les catégories et chaines de sens
produites par les autres. C’est d’ailleurs parce qu’elles auraient une grande capacité
intégratrice que certaines productions médiatiques connaîtraient le succès (John Fiske, 1990).
Se pose donc la double question pour toute instance souhaitant user d’influence dans l’espace
public de la compréhension des représentations et de leur captation au service d’un sens
politique (représentation, contre-représentation) à leur donner.

C’est ce débat, cette mise en concurrence des discours et la présupposition des effets de ces
discours qui nous conduisent à souhaiter aborder, dans ce numéro de Sociologies pratiques, la
question des représentations du travail et de l’entreprise dans les productions culturelles que
celles-ci soient littéraires, télévisuelles, cinématographiques, théâtrales ou encore plastiques,
adressées aux adultes comme aux enfants.

Etudier les représentations du travail et de l’entreprise mène au constat d’une forte asymétrie
entre d’un côté la rareté des images du travail en tant qu’activité et de l’autre l’abondance de
celles produites sur le monde du travail et notamment l’entreprise. Eric Macé, dans son
ouvrage « La société et son double » (Macé, 2006), découvre combien la thématique élargie
du « travail », en tant que monde, occupe la première place dans les propos et les images
portés par la télévision. Le travail, ses conditions, ses contextes, ses populations, l’emploi, le
chômage et les restructurations sont centraux dans les discours télévisuels. Mais son étude ne
se penche pas sur les représentations du travail comme activité, qui est au contraire quasi
absente. Ceci a pu être expliqué par le caractère prétendument ennuyeux du travail, à l’écran
comme dans la vie, à l’opposé de la finalité de loisirs assignée aux productions filmiques
(Leblanc, 1996). Il est vrai que la répétition et la lenteur de l’activité se prêtent sans doute peu
au jeu de la mise en boîte cinématographique même si le seul Les temps modernes de Chaplin
fait mentir ce postulat… et que des productions télévisuelles émergentes comme les Vis ma
vie – mon patron à ma place ou les Patron incognito donnent à voir, assez longuement, les
gestes, mouvements, techniques propres aux « petits métiers ». Au cinéma, si le travail
manuel n’apparait que rarement ces vingt dernières années, grande place est donnée, par
contre, à celle du management (Jeantet, Savignac, 2012), du fait de sa dimension relationnelle
et des rapports sociaux qu’il engage. Le cinéma, par l’absence de représentation des ouvriers
quand il y est centralement question du monde du travail, se différencie du théâtre, au sein
duquel le monde ouvrier et l’usine ont leur place (Hamidi-Kim, Talbot, 2010). Mais qu’en estil
des autres métiers ? Les films et les séries télévisuelles affectionnent les métiers héroïques,
souvent les mêmes, mais qu’en montrent-ils ? On ne voit du travail des policiers nulle
bureaucratie, du travail des enseignants nulle préparation, du travail des juges très peu la
lecture des dossiers. Les hôpitaux des fictions oublient les staffs administratifs. Ainsi, c’est à
une disparition du monde ouvrier que nous assistons quand nous observons les productions
télévisuelles contemporaines.

Rendre compte des représentations sociales du travail et des organisations de travail conduit à
pointer, selon les arts, le saillant (le policier à la télévision, la grande entreprise au cinéma) et
le rare (la pause dans le travail photographique d’Alain Bernardini et de Nicolas Frize, la
petite entreprise dans les fictions audiovisuelles). Ce travail permet aussi de mettre en lumière
l’héroïsation particulière des fonctionnaires (policiers, juges, instits’…), la présence montante
dans la fiction du bureaucrate et la centralité du travail et de ses effets dans les espaces
professionnels, certes, mais aussi familiaux, conjugaux et amicaux. Se pose par conséquent la
question des normes couplées à ces productions qui porteront autant sur les émotions (de
quoi/qui rit-on, s’indigne-t-on), sur les valeurs positives et négatives énoncées sur les façons
de travailler, de s’organiser ou d’être un bon ou un mauvais professionnel, que sur ce qui
fondera une esthétique autour du travail et de ses lieux.

Questionnements
Plusieurs axes de questionnements sont proposés pour explorer cette thématique :

– Mondes représentés, mondes oubliés : quels mondes du travail sont donnés à
voir ? Quels secteurs d’activité, types d’organisations, métiers, niveaux hiérarchiques,
catégories de travailleurs, sexes… sont les oubliés ou les représentés dans les
productions culturelles ? Si l’on considère ce questionnement du point de vue d’une
organisation du travail, quelles activités, temps, modèles d’organisation sont
présentés ? Dans les arts plastiques, quels univers de travail sont dépeints ? A
l’esthétique des corps des travailleurs de la première moitié du XXe siècle, une autre
esthétique s’est-elle substituée ? Quelle perspective socio-historique est-elle donnée
sur certains métiers ou secteurs ? Dans une perspective narratologique, quels sont les
thèmes narratifs premiers et secondaires ? Solidarité, violence, coopération,
concurrence… ? Quels sont les rapports entre groupes sociaux représentés ? Qui sont
les personnages principaux, les héros, les adversaires, les témoins, les figurants parmi
les métiers, les hiérarchies ? Quelles inégalités potentielles cela dessine-t-il ? Les
stéréotypes sont-ils mobilisés (de métier, de genre, etc.) dans ces productions
culturelles ? Les préjugés y sont-ils travaillés ou médiés ?

– Représentations, contre-représentations et réception: que deviennent les discours
du management ou de la contestation salariale dans les productions étudiées ? Y
a-t-il discours sur le discours (patronal, syndical, économique…) ? Partant de la
diversité voire de la concurrence des discours sur l’entreprise, ses acteurs, le travail,
qu’est-ce qui est entendu des différents publics (salariés, scolaires…) sur le travail et
les organisations ? Comment ces productions rencontrent-elles leur public ?

– Travail avec les représentations / travail sur les représentations : artistes,
pédagogues, intervenants en entreprise travaillent avec leurs propres représentations
tout en produisant régulièrement un travail de commentaire des représentations
circulant dans l’espace social. Comment les représentations du travail sont-elles
mobilisées, utilisées, débattues ?

• Articles attendus et procédure de soumission
Nous proposons que ces questionnements puissent être abordés à travers tout type de
production dite culturelle, que celle-ci soit esthétique, romanesque, filmique, théâtrale, relève
de la bande-dessinée, des productions pour la jeunesse ou encore des séries télévisuelles. Les
analyses fournies peuvent être diachroniques, thématiques comme de terrain.

Les disciplines convoquées pour ces analyses peuvent être sociologiques, ethnologiques,
historiques, littéraires, cinématographiques, issues des sciences de l’information et de la
communication…

Les intentions d’article (4000 signes espaces compris) sont à adresser avant le 31 août 2015
par voie électronique à sp33. Après examen, la revue retournera
son avis aux auteurs le 21 septembre 2015 au plus tard. Les auteurs devront alors proposer
une première version complète de leur article (27000 signes espaces compris, bibliographie
non comprise) pour le 12 décembre 2015.
Toute intention d’article, comme tout article, est soumis à l’avis du Comité de lecture de la
revue, composé des deux coordinateurs, des membres du Comité de rédaction et d’un
relecteur externe. L’acceptation de l’intention d’article ne présume pas de l’acceptation de
l’article.

• Présentation de la revue
Sociologies pratiques est une revue de sociologie fondée en 1999 par Renaud Sainsaulieu
et l’Association des professionnels en sociologie de l’entreprise (APSE). Elle est aujourd’hui
éditée par les Presses de Sciences Po. La revue est intégrée dans la liste des revues
scientifiques reconnues par l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement
supérieur (AERES). Elle est répertoriée sur les bases Francis et Cairn.

Sociologies pratiques paraît deux fois par an. Ses numéros thématiques (environ 200
pages) donnent la parole à des chercheurs ou à des praticiens afin de témoigner de réalités
sociales émergentes et de comprendre les mouvements de notre monde. Le projet éditorial de
la revue rend compte d’une sociologie appliquée. En ce sens, il recherche un équilibre entre
monde académique et monde professionnel, entre compréhension et action, tout en portant un
regard clairement sociologique pour comprendre le changement social. Reprenant un
diagnostic de Renaud Sainsaulieu établi à la fin des années 1980, il s’agit toujours de
contribuer à la mise en visibilité du savoir sociologique, qu’il soit élaboré par la recherche ou
par l’application. D’un monde à l’autre, nous pensons qu’il est possible de discerner une
posture commune orientée vers la nécessité d’analyses objectivées de la réalité sociale et vers
la distance par rapport aux évidences, aux normes et aux enjeux politiques.

C’est dans ce contexte que Sociologies pratiques s’inscrit en mettant l’accent sur la
diversité et la richesse des pratiques académiques et professionnelles de la sociologie. Chaque
dossier thématique cherche ainsi à rendre compte de la diversité des sociologies en acte2, à
illustrer la variété des pratiques contemporaines, à composer entre contributions descriptives
de pratiques et apports réflexifs sur les conditions, les justifications et les conséquences sur
l’action. La volonté de croiser témoignages d’acteurs de terrain – qui agissent au coeur des
transformations – et réflexions de chercheurs – qui donnent les résultats de leurs enquêtes les
plus récentes – font de Sociologies pratiques un espace éditorial et intellectuel original qui
s’adresse à tout lecteur intéressé par la sociologie en pratique, qu’il soit diplômé en sociologie
ou non, qu’il soit chercheur ou professionnel.

Outre le dossier thématique composé des articles retenus à partir de l’appel à articles,
Sociologies pratiques propose d’autres rubriques ; par exemple : Sociologies d’ailleurs, Le
Métier, Lectures, Échos des colloques, Bonnes feuilles des Masters. Des varia peuvent aussi
être publiés.

Bibliographie indicative
Aubenas, J., 2011, Les corps, les gestes et le paysage, sur le cinéma des frères Dardenne,
Images Documentaires, Dossier sur « La question du travail », n°71-72, pp.36-50.
Becker, H.S., 2009, Comment parler de la société. Artistes, écrivains, chercheurs et
représentations sociales, Paris, La Découverte.
BEINSTINGEL, T. 2012, « Langages et littératures du travail chez les écrivains français
depuis mai 1968 », Intercâmbio, 2ª série, vol. 5, pp. 50-60.
Burch, N., Sellier, G., 2009, Le cinéma au prisme des rapports de sexe, Paris, Vrin.
Cadé, M., 2000, L’écran bleu. La représentation des ouvriers dans le cinéma français,
Collection Études Presses Universitaires de Perpignan.
Comolli, J.-L., « Cinéma contre médias » (entretien), La lettre des pôles, n°9, 2008.
Dejours, C., 1998, Souffrance en France. La banalisation de l’injustice sociale, Paris, Seuil.
Fiske, J., 1990, Television culture, New York, Routledge.
Gehin J-P. et Stevens H. (eds), 2012, Images du travail, travail des images, Rennes, PUR.
Grenouillet, C., 2015, Usines en textes, écritures au travail : Témoigner du travail au
tournant du XXIe siècle, Classiques Garnier, 2015.
Hamidi-Kim, B., Talbot, A. (dir), 2010. “L’usine en pièces. Du travail ouvrier au travail
théâtral”, Théâtre public, n°196.
2.
Marc
Uhalde,
«
Avant-­‐propos
:
Reconnaître
la
diversité
des
sociologies
en
acte
»,
Sociologies
pratiques,
n°16,
2008.
6
Hatzfeld N., 2013, « Figures filmiques d’ouvrières : travail, genre et dignité, variations sur une
trilogie classique (1962-2011) », Clio 2/2013 (n° 38), pp. 79-96
Herskovits, M., 1967 (1948), Les bases de l’anthropologie culturelle, Payot.
Jeantet, A. et Savignac, E., 2009, "Les représentations du travail dans les séries de
divertissement : le travail comme ressort du loisir", in Eyraud, C. et Lambert, G. (coord.),
Filmer le travail. Films et travail. Cinéma et sciences sociales, Coll. Hors Champs, Presses
Universitaires de Provence, 2009, pp. 187-192
Jeantet, A. et Savignac, E., 2012, « Représentations du monde professionnel et du rapport
subjectif au travail dans les films de fiction français contemporains », Travailler 1/2012 (n°
27) , p. 37-63.
Jodelet, D., 1994, Les représentations sociales, Paris, PUF.
Labadie, A., 2014, « Le roman d’entreprise français au tournant du XXIe siècle. », Les
Cahiers du Ceracc, nº 7, 2014 [en ligne]. URL : http://www.cahiers-ceracc.fr/labadie.html.
Lamendour, E., 2009, Le manager pygmalion, Revue française de gestion, 4, n°194, pp.149-
167.
Leblanc, G., 1996, La disparition du travail, Images Documentaires, Dossier sur « Filmer le
travail », n°24.
Le Saulnier G., 2011, « Les policiers réels devant leurs homologues fictifs : fiction
impossible ? », Réseaux 1/2011 (n° 165), pp. 109-135.
Macé, E., 2006, La société et son double, Paris, Armand Colin.
Malbois F., 2013, « Représenter deux burnouts à la télé », Réseaux 4/2013 (n° 180), pp. 39-66
Meyer, M., 2012, Médiatiser la police, policer les médias. Editions Antipodes.
Moscovici, S., 1961, La psychanalyse, son image et son public: étude sur la représentation
sociale de la psychanalyse, Paris, PUF.